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L’artiste

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Né en 1965 à Rodez, Nicolas Sanhes se forme à lʼÉcole des Beaux-Arts de Perpignan où il s’imprègne des courants minimalistes. Ses débuts sont marqués par une recherche sur l’abstraction et la matière, utilisant notamment le goudron, avant de s’orienter vers une sculpture modulaire qu’il expose dès les années 1990 au Musée Denys Puech.
Son installation en Île-de-France en 1997 inaugure un tournant majeur avec la série en bois « Évidences singulières »,
une réflexion sur la matérialité entamée durant une convalescence. Cette étape le conduit naturellement vers l’acier, dont il explore la puissance avec lʼœuvre monumentale « Fonte n°1 », puis la légèreté à travers les « Maillages », des structures filaires évoquant le symbole de l’ouroboros.
Dès 2004, Sanhes s’impose dans l’espace public par de nombreuses commandes monumentales. Il développe alors, avec Jean-Louis Poitevin, le concept de « Géométrie incidente », où la ligne devient une entité autonome sculptant le vide. Nommé Chevalier des Arts et des Lettres en 2023, son œuvre récente s’ouvre à la peinture, approfondissant sa quête sur la perception spatiale.

Interview

Connaissiez-vous Fougères avant Place aux Arts ?

Longtemps avant que mes sculptures ne trouvent leur place dans les ruelles et les jardins de Fougères, d’autres artistes, amis et complices de longue date comme Olivier de Coux ou Philippe Desloubières, avaient déjà répondu à l’appel de cette ville.
Plus récemment, Lionel Sabatté y avait déposé ses œuvres sous le regard exigeant et inspiré de Philippe Piguet, commissaire d’exposition, dont l’invitation m’a ouvert les portes de la vieille cité bretonne cet été.
Son invitation n’était pas une simple proposition. Elle portait en elle une promesse : celle d’inscrire Place aux Arts dans une nouvelle dimension, et peut-être même d’y laisser une trace durable. Philippe Piguet ne se contente pas de rassembler des œuvres ; il tisse des liens entre elles, entre les artistes, entre les lieux et leur histoire. C’est cette vision, à la fois rigoureuse et poétique, qui a transformé une simple participation en une aventure collective. Fougères, avec ses murs chargés de mémoire et ses espaces ouverts au vent, est devenue le terrain d’un dialogue inattendu entre le passé et le présent, entre la pierre et le métal, entre la pluie de février et la lumière de l’été à venir.
Ainsi, si mes sculptures s’y installent cet été, ce n’est pas par hasard, mais grâce à une chaîne invisible : celle des artistes qui m’ont précédé, celle de la confiance d’un commissaire, et celle, enfin, d’une ville qui accepte de se laisser traverser par l’art, quelles que soient les intempéries.

emprrintes de bois et fusain
sur papier arche

En quoi les espaces proposés mettent-ils en valeur votre travail ?

Mon travail cherche toujours à établir une relation juste avec l’espace, et l’espace public. Mes sculptures ne s’imposent pas ; elles s’insinuent, tracent des lignes dans l’espace, comme des points de suspension entre le visible et l’invisible. À Fougères, je déploie une Constellation d’œuvres monumentales, une invitation à parcourir la ville haute et basse, mais aussi à pénétrer dans l’intimité de mon processus créatif à travers une exposition de dessins et de petits formats à La Coursive.
Exposer dans l’espace public, c’est composer avec les contraintes des lieux, et tenir compte de multiples paramètres (sécurité, esthétique, accessibilité) pour offrir au public la meilleure proposition possible. À Fougères, chaque œuvre semble avoir trouvé sa place comme une évidence, comme si elles avaient toujours attendu ces lieux pour en révéler toute la mesure. Au jardin public, Maillage et Ori 3, légères et presque aériennes, se glissent entre les allées, franchissant le portail étroit de l’entrée. Elles jouent avec les limites, rappelant que l’art, même monumental, peut se faire discret. En contrepoint, le jardin bas accueille des pièces plus imposantes, libérées par l’ampleur de l’espace. Nids de Ciel et IP 5, visibles depuis le chemin de ronde, y déploient leurs assemblages de lignes, invitant le regard à s’y perdre et à en explorer les subtiles complexités.
À La Coursive, parmi les œuvres exposées, certaines remontent aux prémices de mon travail, comme Évidence singulière (1997), une sculpture en bois rarement montrée, accompagnée de dessins qui en éclairent la genèse. Ces pièces anciennes dialoguent avec des créations plus récentes, comme Maillage, qui annonce déjà les sculptures aux lignes blanches. Le commissaire a su créer une narration où chaque œuvre devient une étape, une clé pour comprendre l’évolution d’un langage sculptural qui, depuis près de trente ans, ne cesse de se réinventer. Avec Philippe Piguet, nous avons imaginé un parcours qui n’est pas seulement une promenade artistique, mais une expérience sensible, où chaque sculpture, chaque dessin, devient une note dans une partition plus vaste celle d’une ville qui, le temps d’un été, se transforme en un territoire de l’art.

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Sans Titre
Acier carré de 50 mm – 2024

Proposer à tous des œuvres d’art dans l’espace public, est-ce important pour vous ?

Une œuvre d’art contemporaine installée au coeur d’une ville agit comme un révélateur.
À la manière d’un baromètre, elle mesure instantanément son pouls, dévoile son identité à ceux qui la découvrent. Elle signale, sans détour, qu’une cité est ouverte aux formes les plus audacieuses, qu’elle ose se confronter à son époque plutôt que de se réfugier dans le passé. Car toute création artistique, qu’elle soit éphémère ou pérenne, s’inscrit dans le temps qui l’a vue naître et participe ainsi à l’édification de ce patrimoine, à la fois tangible et invisible, qui constitue la véritable richesse d’un territoire. Fougères en est l’exemple vivant. Sa forteresse, qui attire chaque été des milliers de visiteurs, n’est pas seulement un vestige de pierre. Elle est aussi le récit des vies qui s’y sont croisées, des destins qui s’y sont écrits, et que la littérature a parfois immortalisés. Mais le patrimoine d’une ville ne se limite pas à ses murs ou à ses légendes : il se construit aussi, jour après jour, par les choix qu’elle fait. Demain, les sculptures installées aujourd’hui par des artistes feront partie de cette mémoire collective, un héritage qui n’appartiendra à personne et à tous à la fois, mais qui façonnera, à jamais, l’identité de ce territoire et de sa culture.
Dans un monde où il est si tentant de se replier sur soi, où la peur du désaccord peut paralyser l’audace, Place aux Arts prend le parti du risque. Accueillir l’art contemporain, c’est accepter de se confronter à l’inattendu, de bousculer les habitudes, de provoquer parfois la controverse. Mais c’est aussi, et surtout, un geste de résistance. Résistance à l’uniformité, à l’indifférence, à la tentation de l’immobilisme. Les artistes qui y participent, tout comme les élus qui en font le choix, portent une conviction : l’art n’est pas un luxe, mais une nécessité. Une manière de dire que la culture n’est pas un ornement, mais le ciment même d’une société vivante. En cela, Fougères ne se contente pas d’exposer des oeuvres. Elle écrit, à travers elles, une page de son histoire future. Place aux Arts est un acte de résistance.

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Sans Titre
Acier de 10 mm – 2023

Qu’est-ce qui vous a séduit pour y exposer vos œuvres ?

Il y a des villes que l’on découvre sous le soleil, et d’autres qui se dévoilent dans la grisaille, comme si le temps lui-même avait choisi de se faire complice. Fougères nous a accueillis sous une pluie battante, froide et tenace. Pas de ces journées qui invitent à la flânerie, mais un de ces moments où chaque pas devient un acte de volonté, où le paysage se réduit à des silhouettes mouillées, des pavés luisants, des murs de pierre qui semblent absorber l’humidité de l’air.
Nous avons gravi la ville du bas vers le haut, non pas en touristes éblouis, mais en travailleurs méthodiques, cherchant dans ce décor austère les espaces où les œuvres pourraient s’ancrer. Les sculptures, encore absentes, se dessinaient déjà en pensée : ici, une place où la lumière, même voilée, jouerait avec les lignes ; là, un jardin où le vent et la pluie deviendraient des complices inattendus. La forteresse, massive et silencieuse, nous dominait comme un rappel : l’art, lui aussi, doit affronter les éléments.
Ce n’était pas le jour idéal pour le tourisme, mais c’était peut-être le bon pour comprendre Fougères. Une ville ne se révèle pas toujours dans l’éclat, mais parfois dans sa capacité à résister, à persister malgré le froid et l’humidité. Et c’est précisément cela qui rend ce projet si juste : ces œuvres dialogueront un jour avec cette mémoire des intempéries, avec cette lumière changeante, avec cette ville qui ne se laisse pas facilement séduire, mais qui, une fois apprivoisée, ne vous lâche plus.

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